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Combien de vin produit la Suisse ? Superficies, vendanges et cantons

Combien de vin produit la Suisse ? Superficies, vendanges et cantons

En 2024, la production de vin suisse est tombée à 75 millions de litres, la deuxième plus faible vendange des cinquante dernières années. Du Valais à Genève, chaque région viticole a subi la météo, et les relevés de l'OFAG montrent canton par canton où se concentrent la vigne, ses cépages et les volumes encavés.

Combien de vin la Suisse produit-elle chaque année ?

La Suisse produit en moyenne autour de 90 millions de litres de vin par an, selon l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG), qui publie chaque automne le rapport « L'année viticole ». Ce volume moyen cache de fortes variations d'un millésime à l'autre : il dépend du gel de printemps, de la grêle, des maladies de la vigne et des conditions de floraison.

  • 2024 : 75 millions de litres, soit 751 516 hectolitres, pour une moyenne décennale de 92 millions de litres. L'office fédéral la classe au deuxième rang des plus petites vendanges sur cinquante ans, derrière 2021 (communiqué du 20 février 2025).
  • 2025 : environ 82 millions de litres, en hausse de 9,3 % sur un an, mais toujours près de 9 millions de litres sous la moyenne de dix ans (chiffres OFAG repris par Swissinfo le 3 mars 2026).
  • Superficie : 14 485 ha de vignes en 2024, puis 14 432 ha en 2025, soit 52 ha de moins en un an.

Le vignoble suisse couvre donc une superficie modeste à l'échelle européenne : la France voisine compte plusieurs dizaines de fois plus de vignes. Le vin en Suisse reste pourtant présent dans les 26 cantons, des coteaux du Léman aux pentes ensoleillées du sud des Alpes. Ces relevés annuels, faits par les services agricoles cantonaux et transmis à Berne à la fin janvier, servent de base au suivi du marché et aux mesures de soutien de la branche.

Surface viticole et volumes encavés par canton en 2024

Le tableau publié par l'office fédéral en annexe de son communiqué de février 2025 donne, pour chaque canton, la superficie plantée en vigne et la quantité de raisin encavée, convertie en hectolitres. Les principaux cantons producteurs figurent ci-dessous ; les petits vignobles alémaniques sont regroupés dans le total régional.

Canton ou régionVignes (ha)Vendange 2024 (hl)Rendement (hl/ha)
Valais4 616272 18759
Vaud3 747230 91662
Genève1 32662 64147
Tessin1 14341 10736
Zurich61828 30746
Neuchâtel60424 66341
Schaffhouse46715 57933
Suisse romande (total)10 649605 59857
Suisse alémanique (total)2 662104 13939
Suisse italienne (total)1 17441 77936
Suisse14 485751 51652

Source : OFAG, annexe au communiqué « Vendange 2024 », 20 février 2025. Le rendement, arrondi, divise le volume par la superficie de chaque ligne ; il ne figure pas dans la publication fédérale.

Valais, Vaud et Genève, les trois cantons qui font le vin suisse

Le Valais est le premier canton viticole de Suisse : 4 616 ha de vigne en 2024, près d'un tiers du vignoble national, et 272 187 hl encavés. Le vignoble valaisan suit la vallée du Rhône, surtout sur la rive droite, exposée au sud, où le pinot noir, le chasselas (appelé fendant), la petite arvine, l'humagne rouge et le cornalin occupent les coteaux en terrasses. La diversité des cépages suisses y atteint son maximum, avec plusieurs variétés autochtones cultivées presque uniquement dans ce canton.

Le canton de Vaud arrive deuxième avec 3 747 ha et 230 916 hl. Le chasselas y domine en vin blanc, sur les rives du Léman, de La Côte jusqu'à Lavaux et au Chablais. Lavaux, entre Lausanne et Montreux, figure depuis 2007 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco : la culture en terrasses y remonte aux moines cisterciens du XIIe siècle, et la ville de Lausanne y possède elle-même plusieurs domaines. Le chasselas fait l'identité de ce terroir vaudois, presque unique au monde à lui consacrer une telle part du vignoble. Genève, troisième avec 1 326 ha, cultive sur une campagne bordée par la frontière française une offre large, du gamay au gamaret.

Valais et Vaud réunis fournissent les deux tiers du volume national (503 103 hl sur 751 516 en 2024). La Suisse romande dans son ensemble, avec Neuchâtel, Fribourg, le lac de Bienne et le Jura, encave 80 % du vin du pays sur 73 % de la superficie plantée. Le détail des six régions viticoles et de leurs vignobles montre la même concentration à l'ouest du pays.

Ce que disent ces chiffres sur les rendements

Le rendement moyen du vignoble suisse atteint 52 hl/ha en 2024, mais l'écart entre cantons dépasse le simple au double. Vaud et le Valais encavent environ 60 hl par hectare, alors que le Tessin et Schaffhouse restent autour de 33 à 36 hl/ha. Plusieurs facteurs expliquent cet écart, sans qu'une seule cause suffise :

  • Les limites de rendement fixées par chaque canton pour ses vins AOC, exprimées en kilos de raisin par mètre carré selon le cépage et la couleur ;
  • Les cépages : un vignoble planté de merlot au Tessin ou de pinot noir en Suisse alémanique ne donne pas les mêmes volumes qu'un coteau de chasselas ;
  • Le climat du millésime : en 2024, gel, grêle et maladies n'ont pas frappé toutes les régions avec la même intensité ;
  • Le relief : les vignes en forte pente, travaillées à la main sous de fortes contraintes techniques, produisent moins que les parcelles mécanisables.

Une AOC lie chaque vin à une aire géographique délimitée par le canton, avec ses règles de culture et de sélection du raisin ; la mention de vin de pays et le vin de table, moins encadrés, laissent plus de volume par mètre carré.

Un exemple de calcul aide à lire le tableau. Avec 1 326 ha et 62 641 hl, Genève encave environ 47 hl par hectare, soit près de 6,3 millions de bouteilles de 75 cl par tranche de 1 000 ha, un ordre de grandeur utile pour comparer les cantons. Les règles d'encavage, le classement des AOC fixées par Berne et les cantons et les mentions de grand cru encadrent ces volumes : un vigneron qui dépasse la limite de rendement déclasse l'excédent.

Deux vendanges opposées : 2024 et 2025

La production 2024 a souffert de conditions climatiques difficiles dans tout le pays, selon l'OFAG. Le millésime 2025 a rebondi grâce à un climat plus clément et à des vendanges précoces, malgré des pluies fin août et en septembre. Le rebond reste inégal selon les régions.

Région2024 (millions de litres)2025 (millions de litres)Évolution
Suisse romande60,664,4+6,3 %
Suisse alémanique10,413,7+32 %
Suisse italienne4,23,4-8,1 %
Suisse75,282+9,3 %

La Suisse alémanique retrouve près d'un tiers de volume en plus, après une année 2024 très faible. Le Tessin recule encore, malgré la hausse nationale : la météo pendant la floraison et le scarabée japonais, présent dans le Mendrisiotto, ont réduit la récolte au sud des Alpes. Le vignoble perd aussi 52 ha en un an, un recul lié aux stocks importants et à la baisse des ventes que l'administration fédérale signale en mars 2026, avec des coûts de production élevés qui menacent la rentabilité de certaines exploitations.

Consommation, importation et cépages : les questions sur le vin suisse

Quelle est la consommation de vin en Suisse ?

La consommation de vin en Suisse atteint 211,2 millions de litres en 2025, en baisse de 3,3 % sur un an, selon l'OFAG (communiqué relayé par l'ATS le 21 avril 2026). Les vins suisses en représentent 37,5 %, soit environ 79 millions de litres, une part en hausse de deux points. Le vin blanc suisse se stabilise autour de 40 millions de litres, tandis que le vin rouge suisse progresse de 4,1 %.

Quelle part du vin bu en Suisse vient de l'importation ?

L'importation couvre la plus grande partie de la demande : 132 millions de litres de vins importés sont consommés en 2025, en recul de 6,4 %. Ces importations viennent surtout de France, d'Italie et d'Espagne, d'après l'OFAG. L'écart entre une production d'environ 80 millions de litres et une consommation de plus de 200 millions explique ce poids de l'importation, malgré la progression des vins du pays.

Quels cépages sont cultivés en Suisse ?

Le pinot noir et le chasselas sont les deux cépages les plus plantés en Suisse, suivis du gamay et du merlot, ce dernier très majoritaire au Tessin. Le vignoble compte aussi des variétés autochtones (petite arvine, cornalin, humagne rouge, amigne) et des croisements nés à la station fédérale de Changins, comme le gamaret, le garanoir ou le divico, ainsi que des blancs comme le pinot blanc ou le müller-thurgau en Suisse alémanique.

Qui produit et commercialise le vin suisse ?

Le Contrôle suisse du commerce des vins (CSCV) recense, dans son rapport 2023 cité par Berne, environ 1 150 vignerons-encaveurs qui vinifient uniquement leur propre raisin, près de 700 entreprises de commerce des vins en vrac et en bouteille, et quelque 3 000 commerces d'importation de vin en bouteille. Quelques producteurs de jus de raisin et transformateurs d'autres produits de la vigne complètent la filière vitivinicole helvétique.

Agroscope, le centre de recherche agricole de la Confédération, mène à Changins la sélection de nouveaux cépages résistants aux maladies, comme le divico. Dans beaucoup de domaines, une même famille cultive la vigne, vinifie et vend en direct ; l'offre de ces caves repose sur des spécialités locales produites en petites quantités, que chaque famille de vignerons présente au caveau.

Cette structure explique pourquoi la viticulture en Suisse reste très morcelée : beaucoup de domaines familiaux vendent directement au caveau, à côté de caves coopératives et de négociants qui achètent le raisin. Le contrôle de la vendange, la déclaration des volumes encavés et la vérification des stocks passent par les cantons, puis remontent à l'OFAG. Les organisations de branche, dont Swiss Wine Promotion, financent la promotion collective des vins sous la marque Swiss Wine, en Suisse et à l'étranger, où l'exportation reste marginale par rapport aux volumes de l'importation.

Le pays compte enfin de nombreux concours, routes du vin et caves ouvertes qui permettent de découvrir la production locale ; pour une visite, la liste des domaines et coteaux à visiter donne des points de départ dans chaque région.

Du vignoble romain aux terrasses de Lavaux : l'histoire d'une petite production

La culture de la vigne en Suisse remonte à l'Empire romain, qui l'a diffusée dans les vallées du Rhône et autour du lac Léman. Au Moyen Âge, les monastères développent les vignobles, comme à Lavaux, où les cisterciens aménagent les premières terrasses. Le phylloxéra, à la fin du XIXe siècle, puis les crises du XXe siècle, autour de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, réduisent fortement les superficies, surtout en Suisse alémanique.

La mise en place des appellations d'origine, région par région à partir de la fin du XXe siècle, oriente ensuite la production viticole vers la qualité plutôt que le volume. Aujourd'hui, le vignoble suisse se maintient autour de 14 500 ha, avec une production de vin qui varie fortement selon les années. Malgré sa faible taille, il garde une grande diversité de cépages et de paysages, du lac de Neuchâtel aux vignes du Haut-Valais, parmi les plus hautes d'Europe.

Malgré les années difficiles, les volumes de 2025 montrent la capacité de rebond de la vigne suisse quand le temps le permet. La question reste celle de l'écoulement, sur un marché international très concurrentiel : une partie des producteurs arrache des parcelles pour réduire les stocks, un phénomène que les prochains rapports fédéraux permettront de mesurer.

Mise à jour le 18 octobre 2026, d'après les publications de l'Office fédéral de l'agriculture sur les vendanges 2024 et 2025 et sur la consommation 2025.

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