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Le Chablais vaudois, de Villeneuve à Bex

Le Chablais vaudois, de Villeneuve à Bex

Le Chablais vaudois est la région viticole du district d’Aigle, sur la rive droite du Rhône entre Villeneuve et Bex : cinq lieux de production, un chasselas majoritaire et, à Yvorne, des vignes plantées sur les débris de l’éboulement qui a détruit le village en 1584.

Cinq lieux de production dans le district d’Aigle

Le règlement sur les vins vaudois rattache au Chablais toutes les communes viticoles du district d’Aigle et les répartit en cinq lieux de production. Chacun peut figurer sur l’étiquette d’un vin AOC Chablais :

  • Villeneuve : communes de Villeneuve et de Roche, au bout du lac ;
  • Yvorne : communes d’Yvorne et de Corbeyrier ;
  • Aigle : commune d’Aigle ;
  • Ollon : commune d’Ollon ;
  • Bex : communes de Bex et de Lavey-Morcles, à l’entrée du défilé de Saint-Maurice.

Le Chablais forme ainsi une bande d’une vingtaine de kilomètres qui remonte la plaine du Rhône depuis le Léman. Les vignes ne couvrent pas la plaine, consacrée aux cultures et aux zones d’activité, mais le pied des versants et les cônes formés par les torrents descendus des Préalpes.

Yvorne et l’éboulement de 1584

L’histoire d’Yvorne tient en une date. Au début du mois de mars 1584, après une série de secousses sismiques ressenties dans le bailliage d’Aigle, une masse de rochers se détache du cirque de Luan, au-dessus de Corbeyrier, et dévale jusqu’à Yvorne. Selon le Dictionnaire historique de la Suisse, l’éboulement détruit une grande partie des maisons du village ; les habitations sont reconstruites plus à l’est en 1607 et 1608.

Sur l’éboulis, les habitants plantent de la vigne. Ces sols de blocs, de cailloux et de matériaux fins mêlés se réchauffent vite et laissent filer l’eau ; ils expliquent en partie la réputation de vins secs et fermes attachée à ce lieu. Une feuille volante illustrée, imprimée à Bâle la même année, décrivait déjà la catastrophe, signe de l’écho qu’elle eut en Suisse.

Une vallée alpine qui s’ouvre sur le Léman

Le Chablais vaudois appartient déjà au monde alpin. Entre Villeneuve et Bex, la vallée du Rhône est encadrée par les Préalpes vaudoises à l’est et les montagnes du Chablais valaisan à l’ouest. Les vignes vaudoises, sur la rive droite, regardent donc vers l’ouest et le sud-ouest : elles reçoivent le soleil de l’après-midi, plus chaud que celui du matin.

Le climat combine deux influences. Le lac tempère les extrêmes près de Villeneuve, tandis que la vallée canalise les vents ; le foehn, fréquent en Valais, peut descendre jusqu’au Chablais et accélérer la maturation en automne. Les précipitations y sont plus abondantes qu’en Valais central, ce qui limite le besoin d’irrigation mais augmente la pression des maladies les années humides.

Le chasselas du Chablais et les exigences de l’AOC

Selon Statistique Vaud, deux tiers des vignes du Chablais portent des cépages blancs et un tiers des rouges, une proportion proche de celle de La Côte sur une surface bien plus petite. La région fournissait 17 % de la production vaudoise lors du dernier relevé publié par région. Le chasselas y domine ; les rouges reposent sur le pinot noir et le gamay, et la mondeuse, cépage historique de la région presque disparu, a été replantée sur quelques parcelles.

Le règlement vaudois fixe pour le Chablais une teneur naturelle minimale en sucre de 15,9 % Brix, soit 65 degrés Oechsle, pour les blancs, contre 64 °Oe à La Côte et dans le nord du canton. Le gamay doit atteindre 70 °Oe et les autres rouges 75 °Oe. Un vin qui revendique la mention grand cru doit dépasser ces minima de 5 °Oe, ne pas être coupé et provenir au moins à 90 % du lieu ou de la commune indiqués. La mesure elle-même est expliquée dans la page sur le degré Oechsle.

Dans le verre, le chasselas du Chablais se présente sec, d’une robe jaune pâle, avec des arômes de fleurs blanches, d’agrumes et parfois une note pierreuse ; sa structure dépend fortement du millésime et du lieu. Il se sert frais, entre 8 et 10 °C. Les vins d’Yvorne et d’Aigle, les plus connus, ne sont pas les seuls : Ollon et Bex, plus en amont, ont leurs propres coteaux.

Visiter le Chablais vaudois : château, villages et transports

Le Château d’Aigle, entouré de vignes, abrite un musée consacré à la vigne, au vin et à l’étiquette ; il figure parmi les musées de la vigne et du vin de Suisse romande. Des chemins pédestres relient les villages d’Yvorne, d’Aigle et d’Ollon à travers le vignoble.

La ligne ferroviaire du Simplon dessert Villeneuve, Aigle et Bex, ce qui permet de parcourir la région sans voiture. Une visite de cave se conçoit comme la découverte d’un savoir-faire : vendange, pressoir, élevage. Après une dégustation, il est indispensable de ne pas conduire ; le train et le car postal font l’affaire.

Chablais vaudois, Chablais valaisan : deux rives, deux cantons

Le nom Chablais désigne une région historique partagée entre trois territoires : le Chablais savoyard, en France, le Chablais valaisan et le Chablais vaudois. En aval de Saint-Maurice, le Rhône sépare les deux cantons suisses. Les vins de la rive gauche, autour de Monthey et de Vionnaz, relèvent de l’AOC Valais et des règles valaisannes, présentées avec le vignoble valaisan ; ceux de la rive droite relèvent de l’AOC Chablais du canton de Vaud. Sur l’étiquette, la mention de canton ou de région lève toute ambiguïté.

Les autres régions vaudoises, de Lavaux aux Côtes-de-l’Orbe, sont décrites avec l’ensemble des régions viticoles suisses.

À retenir

  • L’AOC Chablais couvre les communes viticoles du district d’Aigle, réparties en cinq lieux : Villeneuve, Yvorne, Aigle, Ollon et Bex.
  • À Yvorne, la vigne a été plantée sur l’éboulement parti du cirque de Luan en mars 1584.
  • Les blancs du Chablais doivent atteindre au moins 65 °Oe, un degré de plus qu’à La Côte.
  • Le Chablais valaisan, sur la rive gauche du Rhône, relève d’un autre canton et d’une autre AOC.

Sources : Règlement sur les vins vaudois du 27 mai 2009 (BLV 916.125.2), version consolidée en vigueur dès le 1er avril 2021 (art. 3, 7, 18 et 43), consultée le 16 octobre 2026 ; Dictionnaire historique de la Suisse, articles Yvorne (version du 22 avril 2013) et Corbeyrier, consultés le 16 octobre 2026 ; Statistique Vaud, Numerus hors-série Viticulture, juillet 2019 (données 2018) ; MétéoSuisse, Fréquence du foehn (normes 1991-2020).

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