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Dézaley et Calamin, deux grands crus au bord du Léman

Dézaley et Calamin, deux grands crus au bord du Léman

Le Dézaley grand cru et le Calamin grand cru sont les deux seules appellations vaudoises qui portent la mention de cru dans leur nom : deux coteaux de Lavaux, à Puidoux et à Épesses, où le chasselas doit atteindre au moins 71 degrés Oechsle, contre 65 pour l’AOC Lavaux.

Deux appellations à part entière depuis 2013

La situation particulière du Dézaley et du Calamin figure dans la réglementation vaudoise depuis 1949. En mars 2013, à la demande de l’interprofession, le Conseil d’État a franchi un pas de plus : une modification du règlement sur les vins vaudois, entrée en vigueur le 1er avril 2013, en a fait des appellations d’origine contrôlée distinctes, au même rang que Lavaux, La Côte ou le Chablais. Depuis, l’article 4 du règlement énumère « Dézaley Grand cru » et « Calamin Grand cru » parmi les AOC de région viticole.

Une troisième dénomination existe : « Dézaley-Marsens Grand cru », réservée aux vins issus d’un secteur de Puidoux situé au nord de la route de la Corniche, entre le chemin de la Chapotannaz et la coulisse de la Chenalettaz. Pour le contexte général, paysages et villages, la page sur les terrasses de Lavaux inscrites à l’UNESCO complète celle-ci.

Le Dézaley, un coteau de Puidoux entre Épesses et Rivaz

Le Dézaley se trouve entièrement sur la commune de Puidoux. Le règlement le délimite par des repères concrets : la coulisse de la Chenalettaz à l’ouest, le ruisseau du Forestay à l’est, le lac au sud et, au nord, une ligne qui suit le chemin de la Tour de Marsens, le chemin de la Chapotannaz, la route de la Corniche puis le chemin de la Dame. Quelques parcelles au nord de la Corniche, entre la Croix de Notre-Dame et la Chapotannaz, s’y ajoutent.

Le Dictionnaire historique de la Suisse décrit un coteau abrupt, dominé par la tour de Marsens et le rocher de la Croix-de-Notre-Dame. L’histoire viticole y commence au XIIe siècle : après des donations de l’évêque de Lausanne, les cisterciens de Hautcrêt défrichent la partie ouest dès 1141, ceux de Montheron la partie est dès 1142, et les prémontrés d’Humilimont le secteur nord dès 1148. Les monastères restent propriétaires jusqu’en 1536 ; la Ville de Lausanne y possède encore des vignes héritées de cette époque.

Le Calamin, sous le village d’Épesses

Le Calamin est plus petit et sa définition tient en une phrase : il comprend le territoire de l’ancienne commune d’Épesses situé au sud de la route de la Corniche. Épesses a fusionné en 2011 avec Cully, Grandvaux, Riex et Villette pour former Bourg-en-Lavaux, mais le règlement continue de raisonner en limites historiques, comme pour plusieurs lieux de production de Lavaux.

Le Calamin forme ainsi un îlot à l’intérieur du lieu de production Épesses, qui le déborde largement. Un vin récolté juste au-dessus de la Corniche peut porter le nom Épesses, mais pas celui de Calamin.

Pente, terrasses et sous-sol de molasse

Les deux crus partagent le cadre de Lavaux : un versant taillé dans la molasse d’eau douce, faite d’une alternance de marnes, de grès et de conglomérats, puis raboté par le glacier du Rhône, selon la description de l’inventaire fédéral des paysages. Les bancs les plus durs forment des ressauts ; les plus tendres ont été aménagés en terrasses. Au Dézaley, ces parchets en terrasses ont été construits pour l’essentiel entre le XVIIIe siècle et 1839.

La forte pente et l’exposition au sud font de ces coteaux des pièges à chaleur : le soleil direct, la lumière renvoyée par le lac et la chaleur stockée par les murs s’additionnent. La contrepartie est un travail presque entièrement manuel, des murs à entretenir et une érosion à contenir à chaque orage.

Ce que le règlement vaudois exige des deux grands crus

Le communiqué cantonal de 2013 résumait l’esprit de la réforme : des vins obligatoirement grands crus, un assemblage limité à 10 % avec d’autres vins de Lavaux, aucun coupage et un millésime obligatoire. Le tableau compare ces exigences avec celles de l’AOC Lavaux.

ExigenceAOC LavauxDézaley et Calamin grand cru
Sucre minimal, cépages blancs15,9 % Brix (65 °Oe)17,3 % Brix (71 °Oe)
Sucre minimal, gamay17,0 % Brix (70 °Oe)19,3 % Brix (80 °Oe)
Sucre minimal, autres rouges18,2 % Brix (75 °Oe)20,5 % Brix (85 °Oe)
Contrôle du sucreSelon les règles généralesToutes les vendanges mises en œuvre
CoupageAdmis avec des vins de même classe (blancs vaudois, rouges suisses)Interdit
MillésimeNon imposé par le règlementObligatoire
Mention communaleSelon le lieu de productionPuidoux pour le Dézaley, Épesses pour le Calamin

Un vin qui n’atteint pas ces seuils n’est pas perdu : il garde le droit à l’AOC Lavaux. Le principe des degrés Oechsle est détaillé dans la page sur la mesure du sucre en degrés Oechsle, et la comparaison avec les grands crus des autres cantons dans celle sur grand cru et premier cru en Suisse.

Un chasselas de garde

Le chasselas domine largement les deux crus. Jeune, il se montre sec, d’une robe jaune pâle à reflets verts, avec des arômes de fleurs blanches et d’agrumes. Après plusieurs années en bouteille, il prend une teinte plus dorée et des notes de miel, de fruits secs, de cire ou de champignon. Cette aptitude au vieillissement explique que des millésimes anciens soient conservés en cave. Le service se situe autour de 10 à 12 °C pour les vins évolués, un peu plus frais pour les jeunes.

Lire une bouteille de Dézaley ou de Calamin : quatre questions

Un Dézaley peut-il être un vin rouge ?
Oui. Le règlement fixe des seuils de sucre pour le gamay et les autres cépages rouges dans les deux appellations, ce qui suppose que des rouges y soient produits. Ils restent minoritaires face au chasselas.
Pourquoi lit-on parfois Puidoux ou Épesses sur l’étiquette ?
Le règlement autorise une seule mention communale par cru : Puidoux pour le Dézaley, Épesses pour le Calamin. Aucun autre nom de commune ne peut accompagner ces appellations. Les autres mentions possibles sont expliquées dans la page sur l’étiquette du vin suisse.
Que devient une vendange du Dézaley trop peu mûre ?
Elle peut être vinifiée et vendue sous l’AOC Lavaux, dont les seuils sont plus bas. Le déclassement vers l’appellation régionale est prévu par le dispositif cantonal.
Le Dézaley et le Calamin font-ils partie du site UNESCO de Lavaux ?
Oui, les deux crus se trouvent dans le périmètre de Lavaux, vignoble en terrasses, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 2007. Le reste du vignoble vaudois est présenté avec les régions viticoles suisses.

Sources : Règlement sur les vins vaudois du 27 mai 2009 (BLV 916.125.2), version consolidée en vigueur dès le 1er avril 2021 (art. 3, 4, 18 et 43), consultée le 16 octobre 2026 ; État de Vaud, communiqué « Appellations d’origine contrôlée pour le Dézaley et le Calamin » du 21 mars 2013 ; Dictionnaire historique de la Suisse, articles Dézaley et Hautcrêt, consultés le 16 octobre 2026 ; OFEV, Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels (IFP), objet 1202 Lavaux, révision 2017 ; UNESCO, Liste du patrimoine mondial, Lavaux, vignoble en terrasses (2007).

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