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Le müller-thurgau, blanc thurgovien né à Geisenheim

Le müller-thurgau, blanc thurgovien né à Geisenheim

Le müller-thurgau, appelé riesling-sylvaner en Suisse, est un cépage blanc obtenu en 1882 à Geisenheim par le Thurgovien Hermann Müller. Ses vrais parents, le riesling et la madeleine royale, n'ont été établis que par l'analyse de l'ADN, plus d'un siècle après le croisement.

Hermann Müller, de Tägerwilen à Geisenheim puis Wädenswil

Hermann Müller est né le 21 octobre 1850 à Tägerwilen, dans le canton de Thurgovie (Thurgau). Selon la haute école de Geisenheim, dans le Rheingau, il y dirige de 1876 à 1890 la station de recherche en physiologie végétale. C'est là qu'il réalise en 1882 le croisement qui portera plus tard son nom, avec l'idée de réunir le bouquet du riesling et la maturité plus précoce et plus régulière d'un autre cépage.

En 1891, Müller est appelé à fonder et à diriger la station d'essais et l'école de Wädenswil, au bord du lac de Zurich ; ce site fait aujourd'hui partie d'Agroscope. Il y poursuit la sélection des plants issus de ses croisements de Geisenheim. La station a ensuite été réunie à celle de Changins, sous le nom d'Agroscope Changins-Wädenswil que portent encore les publications des années 2000 et 2010. Il meurt à Wädenswil le 18 janvier 1927. Le nom de müller-thurgau, qui associe son patronyme et son canton d'origine, a été donné par la suite par un spécialiste allemand.

Riesling et sylvaner ? Un siècle de doutes sur les parents

Müller avait enregistré son obtention comme un croisement de riesling et de silvaner, d'où le nom de riesling-sylvaner encore employé en Suisse et celui de rivaner en Allemagne et en Autriche. Cette filiation a pourtant toujours été discutée, et le tableau en fin de page retrace les hypothèses successives. En 1996, une première analyse génétique, fondée sur huit marqueurs seulement, propose un croisement de riesling et de chasselas. L'année suivante, une étude plus fine désigne un chasselas particulier, le chasselas de Courtiller, raisin de table obtenu au XIXe siècle à Saumur.

En 2000, une équipe de l'institut allemand de Geilweilerhof montre que l'échantillon de « chasselas de Courtiller » utilisé provenait d'une erreur d'étiquetage dans une collection autrichienne, et que le second parent est en réalité la madeleine royale, raisin de table obtenu à Angers en 1845. En 2010, une étude de l'université de Neuchâtel, fondée sur 57 marqueurs et sur des échantillons de la collection d'Agroscope à Pully, établit que la madeleine royale descend elle-même du pinot et de la schiava grossa, le trollinger des Allemands.

Le müller-thurgau est donc un petit-enfant du pinot, de la schiava grossa et du gouais blanc, ce dernier étant l'un des parents du riesling. Signe de la longévité des anciennes hypothèses, l'ordonnance valaisanne sur la vigne et le vin désigne toujours ce cépage comme « Müller-Thurgau ou Riesling-Sylvaner (Riesling x Chasselas de Courtiller) ». Le sylvaner, souvent cité à tort comme parent, a sa propre page dans le johannisberg, sylvaner du Valais.

Le blanc de référence de la Suisse alémanique

Le müller-thurgau s'est imposé dans les vignobles au nord des Alpes, où sa précocité est un atout : l'ordonnance valaisanne le range parmi les cépages précoces, mûrs plus de cinq jours avant le chasselas. Il occupe une place de premier plan dans les vignobles de Zurich, de Schaffhouse, de Thurgovie et d'Argovie, présentés dans les vins de Suisse alémanique. Il y côtoie des cépages plus rares, comme le räuschling du lac de Zurich, décrit dans le räuschling et les raretés alémaniques.

Sa surface nationale diminue lentement. Selon L'année viticole de l'OFAG, le müller-thurgau couvre 411 hectares, en recul de 8 hectares, et se fait dépasser par le chardonnay (417 hectares) : il passe ainsi au troisième rang des cépages blancs du pays, derrière le chasselas. À l'échelle mondiale, il reste le croisement volontaire le plus répandu, avec environ 42 000 hectares selon l'étude publiée en 2010, surtout en Allemagne, en Hongrie, en Slovaquie et en Autriche.

Profil du riesling-sylvaner au verre

Un müller-thurgau donne un vin blanc pâle, aux reflets verts dans sa jeunesse. Le nez est fruité et floral : pêche blanche, agrumes, fleurs de vigne, avec parfois une légère note muscatée. L'acidité est modérée, plus douce que celle d'un riesling, et le vin reste léger, avec un titre alcoométrique le plus souvent modeste, indiqué sur l'étiquette.

Ce profil en fait un vin à déguster jeune, dans les deux ou trois ans qui suivent la vendange, pour profiter de la fraîcheur du fruit. Le service se fait entre 8 et 10 °C, dans un verre à vin blanc de taille moyenne qui concentre les arômes. Les autres blancs cultivés en Suisse sont présentés dans la rubrique cépages suisses.

Les hypothèses successives sur l'origine du müller-thurgau

La filiation de ce cépage illustre les progrès de la génétique de la vigne. Le tableau résume les étapes citées dans l'étude de Vouillamoz et Arnold publiée en 2010 dans la revue Vitis.

AnnéeParents proposésMéthode et auteurs
1882Riesling et silvaner, selon l'enregistrement d'origineHermann Müller, à Geisenheim
1996Riesling et chasselas (Gutedel)Analyse de 8 marqueurs microsatellites (Regner)
1997Riesling et chasselas de Courtiller24 marqueurs microsatellites (Sefc et al.)
2000Riesling et madeleine royaleAnalyses ampélographiques et génétiques (Dettweiler et al.)
2010Madeleine royale issue du pinot et de la schiava grossa57 marqueurs, université de Neuchâtel (Vouillamoz et Arnold)

Sources : J. F. Vouillamoz et C. Arnold, « Microsatellite pedigree reconstruction provides evidence that Müller-Thurgau is a grandson of Pinot and Schiava Grossa », Vitis 49 (2), 2010, pages 63 à 65 ; E. Dettweiler et al., « Grapevine cultivar Müller-Thurgau and its true to type descent », Vitis 39, 2000 ; Hochschule Geisenheim, notice biographique du professeur Müller-Thurgau, consultée le 16 octobre 2026 ; OFAG, L'année viticole 2025, surfaces par cépage ; Canton du Valais, ordonnance sur la vigne et le vin (RS/VS 916.142), version en vigueur depuis le 1er avril 2026, articles 31 et 32, consultée le 16 octobre 2026.

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