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Les cépages nés dans les Alpes suisses, du Valais au Tessin

Les cépages nés dans les Alpes suisses, du Valais au Tessin

Les cépages autochtones suisses couvrent moins d'un dixième du vignoble national. Petite arvine, cornalin, amigne, humagne blanche, rèze, completer ou bondola se sont fixés dans les vallées alpines il y a des siècles, et plusieurs ne subsistent que sur quelques ares, suivis de près par Agroscope.

Autochtone ou traditionnel : la distinction écrite par le Valais

La Suisse ne tient pas de liste fédérale des cépages autochtones : la notion relève des cantons, et c'est le Valais qui l'a définie le plus nettement. Son ordonnance sur la vigne et le vin (OVV) range parmi les cépages autochtones quatre blancs, l'amigne, l'arvine (petite arvine), l'humagne blanc et la rèze, et un seul rouge, le cornalin du Valais, que le texte appelle aussi rouge du pays.

Une seconde liste réunit les cépages dits traditionnels, implantés de longue date sans être considérés comme nés sur place. On y trouve l'humagne rouge, le savagnin blanc (païen ou heida), l'himbertscha, le lafnetscha, le gouais (gwäss), la durize (rouge de Fully), l'eyholzer roter (rouge de Viège), mais aussi le chasselas, le pinot noir ou le gamay. La frontière entre les deux catégories est donc juridique avant d'être botanique.

La même ordonnance classe chaque variété selon son époque de maturité, en prenant le chasselas comme repère. L'arvine et le cornalin du Valais sont placés en troisième époque, soit une maturité atteinte quinze à trente jours après le chasselas ; l'humagne blanc et la rèze en deuxième époque. Ce retard explique pourquoi ces cépages occupent surtout les coteaux les plus chauds du Valais central.

Combien d'hectares pour chaque cépage autochtone

La statistique viticole de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG), établie d'après le contrôle officiel de la vendange des cantons, publie la surface de chaque variété. Le tableau reprend les chiffres de l'édition citée en fin de page, pour un vignoble suisse total de 14 431 hectares.

CépageCouleurBerceau ou région principaleSurface en Suisse
Petite arvineblancValais280,3 ha
Cornalin du ValaisrougeValais166,5 ha
Humagne rougerougeValais (origine valdôtaine)141,1 ha
AmigneblancValais, surtout Vétroz39,1 ha
Humagne blancheblancValais25,9 ha
CompleterblancGrisons (Malans)16,9 ha
BondolarougeTessin7,8 ha
RèzeblancValais5,5 ha
LafnetschablancHaut-Valais2,6 ha
HimbertschablancHaut-Valais0,3 ha

La petite arvine domine nettement ce groupe et continue de s'étendre : l'OFAG relève qu'elle affiche la plus forte progression parmi les dix cépages blancs les plus cultivés du pays. À l'autre extrémité, l'himbertscha tient sur 26 ares, à peine un quart d'hectare, ce qui en fait l'une des variétés les plus rares du relevé fédéral.

Valais central : arvine, amigne, humagne blanche et rèze

La petite arvine donne un blanc tardif, vinifié sec ou en vin doux à partir de raisins flétris sur souche. L'ordonnance valaisanne l'admet en grand cru, avec une teneur naturelle minimale en sucre de 22,6 % Brix (94,6 °Oe), et l'autorise pour le vin surmaturé.

L'amigne, autre blanc de garde, se concentre sur le coteau de Vétroz ; son système d'abeilles qui renseigne le sucre résiduel est détaillé sur la page consacrée à l'amigne de Vétroz et ses abeilles. L'humagne blanche est le plus anciennement documenté de ces cépages : un acte d'achat de vigne la mentionne en 1313 sous le nom de « Humagny », selon les travaux de José Vouillamoz et de ses coauteurs publiés en 2004. Son homonyme rouge n'a rien à voir avec elle, comme l'explique la fiche sur l'humagne blanche et l'humagne rouge.

La rèze, réduite à quelques hectares, est attachée au val d'Anniviers et à la tradition du vin des glaciers élevé en fûts de mélèze. Côté rouge, le cornalin du Valais reste le seul cépage noir que l'ordonnance classe parmi les autochtones.

Haut-Valais, Grisons, Tessin : des raretés hors du Valais central

Le lafnetscha et l'himbertscha, cultivés en très petites quantités dans le Haut-Valais, ont été identifiés par l'analyse de 50 marqueurs microsatellites. L'étude publiée en 2004 dans la revue Vitis par José Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith conclut que le lafnetscha est issu d'un croisement entre le completer et l'humagne blanche, et qu'il n'est donc pas un synonyme du completer comme on le lisait souvent. L'himbertscha partage au moins un allèle avec l'humagne blanche à chaque marqueur, ce qui en fait vraisemblablement un descendant.

Le completer est le cépage ancien des Grisons, lié au village de Malans. La même étude rappelle que la première mention certaine de son nom date de 1321 ; la date de 926, souvent avancée, n'a été confirmée par aucune recherche d'archives. Plus au sud, le bondola est un ancien cépage rouge du Tessin, aujourd'hui loin derrière le merlot. Le heida du Haut-Valais, enfin, n'est pas autochtone au sens de l'ordonnance : il s'agit du savagnin blanc, présenté dans la fiche sur le heida de Visperterminen.

Comment Agroscope conserve les cépages menacés

La station de recherche fédérale Agroscope entretient à Pully, dans le canton de Vaud, une collection ampélographique où sont plantés les cépages rares. Ce travail s'inscrit dans le Plan d'action national pour la conservation et l'utilisation durable des ressources phytogénétiques, coordonné par l'OFAG.

De 2015 à 2020, Agroscope a suivi douze cépages patrimoniaux valaisans sur son domaine expérimental de Leytron : gouais, blanchier, gros bourgogne, himbertscha, completer, lafnetscha, diolle, grosse arvine, rèze, goron de Bovernier, rouge de Fully et eyholzer roter. Pour quatre d'entre eux, completer, grosse arvine, himbertscha et gros bourgogne, du matériel exempt de viroses graves a été sélectionné et diffusé par la filière de certification, ce qui permet de replanter ces variétés sur des bases saines.

Pour l'amateur, ces cépages se rencontrent surtout en vins de cépage, étiquetés au nom de la variété et produits en petites séries. Le panorama complet des variétés cultivées dans le pays figure dans la rubrique cépages cultivés en Suisse.

Cépages autochtones suisses : trois questions de statut

Le chasselas est-il un cépage autochtone en Valais ?
Non, pas au sens de l'ordonnance valaisanne sur la vigne et le vin. Le chasselas y figure dans la liste des cépages traditionnels, aux côtés du pinot noir, du gamay ou de la syrah. Seuls l'amigne, l'arvine, l'humagne blanc, la rèze et le cornalin du Valais portent le statut d'autochtones.
Pourquoi l'humagne rouge n'est-elle pas classée autochtone ?
L'humagne rouge est génétiquement identique au cornalin d'Aoste, cultivé de l'autre côté du col du Grand-Saint-Bernard. Elle descend du cornalin du Valais et d'un second parent inconnu, et l'ordonnance la range parmi les cépages traditionnels. Sa présence en Valais est ancienne, mais son origine n'est pas tenue pour valaisanne.
Le heida est-il un cépage propre à la Suisse ?
Non. Heida et païen sont les noms valaisans du savagnin blanc, une variété connue dans plusieurs pays d'Europe, notamment dans le Jura français. Ce qui est propre au Valais, c'est sa culture en altitude dans le Haut-Valais et les dénominations admises par l'ordonnance cantonale.

Sources : Ordonnance sur la vigne et le vin du canton du Valais (OVV, RS VS 916.142), état au 1er avril 2026, consultée le 16 octobre 2026 ; OFAG, L'année viticole 2025, statistiques vitivinicoles, tableaux 1.1 à 1.4 (état novembre 2025) ; J. F. Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith, « Identity and parentage of two alpine grape cultivars from Switzerland », Vitis 43 (2), 2004 ; J.-L. Spring et al. (Agroscope), étude des cépages patrimoniaux menacés dans le vignoble valaisan, Recherche agronomique suisse 15, juillet 2024.

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