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Gamaret et garanoir, deux croisements de la recherche suisse

Gamaret et garanoir, deux croisements de la recherche suisse

Le gamaret est un cépage rouge obtenu en 1970 par la station fédérale de recherches de Changins, sur son site de Pully, en croisant le gamay et le reichensteiner ; le garanoir est né du même croisement. Tous deux résistent bien à la pourriture grise et donnent couleur et tanins aux assemblages.

Le croisement de Pully : un gamay plus solide face à la pourriture

Le gamaret et le garanoir sont frères. Ils proviennent du même croisement entre le gamay, cépage rouge originaire du Beaujolais et largement planté en Suisse romande, et le reichensteiner, cépage blanc d'origine allemande. Selon la notice scientifique publiée en 1996 dans la Revue suisse de viticulture, arboriculture, horticulture, ce croisement a été réalisé en 1970 par la station fédérale de recherches agronomiques de Changins, sur son domaine de Pully, aujourd'hui rattaché à Agroscope.

Le but n'était pas de créer un vin nouveau pour le plaisir de la nouveauté. Les automnes humides favorisent la pourriture grise, due au champignon Botrytis cinerea, qui détruit les grappes serrées et oblige à trier ou à traiter. Agroscope rappelle que le gamaret et le garanoir ont été sélectionnés pour leur potentiel de qualité et pour leur résistance à la pourriture du raisin, la même logique ayant ensuite conduit au diolinoir, au carminoir et au galotta.

Entre le semis des pépins et l'arrivée dans les vignes, une longue période d'observation s'écoule : les jeunes plants sont suivis plusieurs années, la plupart sont écartés, et seuls les meilleurs sont vinifiés en petits volumes. Un article de chercheurs d'Agroscope paru dans la même revue en 2013 situe le début de la diffusion du gamaret dans le vignoble suisse en 1990.

Gamaret et garanoir comparés, de la vigne au verre

Malgré des parents communs, les deux cépages ne se comportent pas de la même façon. Le tableau rassemble les caractères décrits par les publications d'Agroscope et par l'ordonnance valaisanne, qui classe les cépages selon leur époque de maturité par rapport au chasselas.

CritèreGamaretGaranoir
ParentsGamay et reichensteinerGamay et reichensteiner
Maturité (classement valaisan)1re époque, autour de celle du chasselasPrécoce, plus de cinq jours avant le chasselas
Pourriture griseTrès bonne résistanceRésistance assez bonne
Couleur du vinTrès soutenue, reflets violacésSoutenue
StructureTanins fermes, vin charpentéVin souple et fruité, acidité parfois faible
Surface en Suisse (OFAG)Environ 420 hectaresEnviron 220 hectares
Usage le plus courantVin de cépage ou assemblageSurtout assemblage

Le garanoir mûrit plus tôt que le pinot noir, et la notice de 1996 déconseille de le planter dans les situations trop chaudes, où son acidité baisse vite. Le gamaret, lui, gagne à rester longtemps sur souche : Agroscope cite sa vendange tardive comme modèle pour celle du divico. Le suivi des sucres pendant cette période est expliqué dans le degré Oechsle et la maturité du raisin.

Profil du gamaret et du garanoir à la dégustation

Un gamaret se reconnaît à sa robe très sombre, presque noire au centre du verre. Le nez évoque les fruits noirs (mûre, cassis), le poivre et les épices, avec des notes de vanille ou de torréfaction lorsqu'il est élevé en fût. En bouche, les tanins sont présents et l'acidité moyenne ; les vins les plus concentrés supportent plusieurs années de garde et se servent entre 16 et 18 °C.

Le garanoir donne un vin plus tendre : couleur soutenue mais moins dense, fruit rouge et noir mûr, tanins discrets. La notice scientifique de 1996 le décrit comme un vin très coloré, fruité et souple, dont l'acidité peut parfois être trop basse. Il se déguste plutôt jeune, autour de 15 à 16 °C, et sert souvent à arrondir un assemblage.

Gamaret et garanoir en quatre questions

Le gamaret est-il un hybride ?
Non. Le gamay et le reichensteiner appartiennent tous deux à l'espèce européenne Vitis vinifera ; leur descendance est un croisement intraspécifique. Les cépages qualifiés d'hybrides interspécifiques, comme le divico, contiennent en revanche des gènes de vignes sauvages américaines ou asiatiques.
Un vin de gamaret peut-il porter une AOC ?
Oui, si le canton l'admet. L'ordonnance valaisanne range le gamaret et le garanoir parmi les autres cépages autorisés en AOC Valais, et le règlement AOC du lac de Thoune, dans le canton de Berne, les cite aussi. Les règles générales sont exposées dans le système des AOC en Suisse.
Où se cultive le gamaret ?
Il s'est diffusé surtout dans les vignobles romands, de Genève au Valais, et jusqu'au Tessin, où Agroscope a étudié son comportement selon le porte-greffe. On le trouve aussi dans plusieurs cantons alémaniques, en petites surfaces.
Pourquoi assembler le garanoir plutôt que le vinifier seul ?
Sa couleur et son fruit complètent des cépages plus clairs comme le pinot noir ou le gamay, tandis que son acidité parfois basse le rend moins équilibré seul. La notice de 1996 le présente déjà comme une composante intéressante des cuvées d'assemblage.

Le rôle du gamaret dans les assemblages romands

Dans les rouges d'assemblage de Suisse romande, le gamaret apporte ce qui manque parfois au gamay et au pinot noir des années fraîches : de la couleur, des tanins et une bonne tenue au vieillissement. Quelques dizaines de pour cent suffisent à foncer la robe et à structurer la bouche. Associé au garanoir, il compose aussi des rouges entièrement issus de croisements suisses, plus fruités que tanniques.

Le succès de ces deux obtentions a ouvert la voie à une recherche plus ambitieuse : le gamaret est l'un des parents du divico et du divona, deux variétés qui résistent cette fois au mildiou et à l'oïdium, décrites dans le divico et les cépages résistants. Les autres variétés cultivées en Suisse, autochtones ou récentes, sont réunies dans la rubrique cépages suisses.

Sources : J.-L. Spring et D. Maigre, « Behaviour of the new red cultivar Garanoir in two experimental vineyards », Revue suisse de viticulture, arboriculture, horticulture 28 (5), 1996, notice AGRIS de la FAO consultée le 16 octobre 2026 ; J.-L. Spring et al., « Influence du porte-greffe sur le comportement du cépage Gamaret dans le vignoble tessinois », Revue suisse de viticulture, arboriculture, horticulture 45 (3), 2013 ; Agroscope, communiqué de presse du 15 avril 2013 sur le divico ; OFAG, L'année viticole 2025, surfaces par cépage ; Canton du Valais, ordonnance sur la vigne et le vin (RS/VS 916.142), version en vigueur depuis le 1er avril 2026, articles 31 et 33 ; Canton de Berne, règlement AOC du lac de Thoune, édition 2025, consultés le 16 octobre 2026.

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