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Humagne rouge, humagne blanche : même nom, deux lignées

Humagne rouge, humagne blanche : même nom, deux lignées

L'humagne rouge et l'humagne blanche ne sont pas deux couleurs d'un même cépage. La rouge est identique au cornalin d'Aoste et descend du cornalin du Valais ; la blanche, citée en Valais dès 1313, appartient à une autre famille, celle du lafnetscha et de l'himbertscha.

Le nom commun trompe souvent l'amateur, d'autant que les deux vins viennent des mêmes coteaux du Valais central et figurent côte à côte sur les cartes. Le tableau ci-dessous compare les deux cépages à partir des textes officiels et des travaux de génétique publiés.

CritèreHumagne blancheHumagne rouge
Statut dans l'ordonnance valaisannecépage autochtonecépage traditionnel
Époque de maturité2e époque (5 à 15 jours après le chasselas)3e époque (15 à 30 jours après le chasselas)
Parenté connueparent du lafnetscha et, vraisemblablement, de l'himbertschaidentique au cornalin d'Aoste, descendant du cornalin du Valais
Première mention connue1313, « Humagny », dans un acte d'achat de vigneorigine valdôtaine, date d'arrivée en Valais inconnue
Surface en Suisse (OFAG)25,9 ha, entièrement en Valais141,1 ha, dont 140,8 ha en Valais
Sucre minimal en grand cru20,6 % Brix (85,6 °Oe)21,2 % Brix (88,3 °Oe)

Deux cépages que seul le nom rapproche

Les deux humagnes ont été étudiées séparément par José Vouillamoz et ses coauteurs, à l'aide de marqueurs microsatellites. L'humagne rouge apparaît dans une étude de 2003 consacrée au cornalin du Valais, l'humagne blanche dans une étude de 2004 portant sur le lafnetscha et l'himbertscha. Aucune de ces publications ne relie directement les deux cépages : leurs parents et descendants connus appartiennent à des lignées différentes.

L'étymologie du mot humagne n'est pas établie par les sources scientifiques. Ce que l'on sait, c'est qu'il désignait déjà un raisin blanc au début du XIVe siècle ; les textes ne disent pas quand ni pourquoi il a été donné au cépage rouge venu du val d'Aoste.

L'humagne blanche, un cépage valaisan documenté depuis le Moyen Âge

L'humagne blanche, que l'ordonnance valaisanne appelle humagne blanc, est l'un des quatre cépages blancs reconnus comme autochtones par le canton, avec l'amigne, l'arvine et la rèze. L'étude publiée dans la revue Vitis en 2004 rappelle qu'elle est considérée comme originaire du Haut-Valais et qu'elle apparaît en 1313, sous la forme « Humagny », dans un manuscrit relatant l'achat d'une vigne.

La génétique en a fait un cépage fondateur : 49 des 50 marqueurs analysés concordent avec un lafnetscha issu du croisement entre le completer des Grisons et l'humagne blanche. L'himbertscha partage avec elle au moins un allèle à chaque marqueur ; les auteurs, jugeant l'humagne blanche plus ancienne, la désignent comme son parent. Le completer lui-même est présenté avec les autres raretés de Suisse alémanique et des Grisons.

Le vin d'humagne blanche est en général un blanc sec, de corps moyen, à l'aromatique retenue dans sa jeunesse, avec des notes florales et de fruits blancs qui gagnent en complexité après quelques années de bouteille. Il se sert vers 10 à 12 °C.

L'humagne rouge, cépage du val d'Aoste installé en Valais

L'humagne rouge est génétiquement identique au cépage que la vallée d'Aoste appelle cornalin. L'étude de 2003 a confirmé cette identité, déjà signalée par des travaux antérieurs, et montré que ce cornalin d'Aoste a pour parent probable le cornalin du Valais, ou rouge du pays, le second parent restant inconnu. Pour éviter la confusion, les auteurs ont proposé de distinguer cornalin du Valais et cornalin d'Aoste.

En Valais, l'ordonnance classe l'humagne rouge parmi les cépages traditionnels, en troisième époque de maturité. C'est donc un raisin tardif, réservé aux parcelles bien exposées du Valais central. Selon l'OFAG, il couvre 141,1 hectares en Suisse, presque exclusivement en Valais ; quelques autres cantons n'en comptent que des parcelles de quelques ares.

Un vin d'humagne rouge montre souvent une robe pourpre profonde et un nez marqué par des notes sauvages, d'écorce, de violette et de fruits noirs. La bouche est charpentée, avec des tanins parfois rustiques dans la jeunesse, qui s'assouplissent en cave. Il se sert entre 16 et 18 °C.

Ce que l'étiquette d'une humagne doit indiquer

En Valais, l'humagne blanche et l'humagne rouge peuvent toutes deux revendiquer la désignation grand cru, à condition de respecter les exigences cantonales et le règlement de la commune concernée. La mention grand cru n'est permise qu'avec le nom de la commune ou de la région d'où provient la vendange ; l'expression « Grand Cru Valais » est interdite.

Les seuils de maturité diffèrent selon la couleur : 85,6 °Oe pour l'humagne blanche, 88,3 °Oe pour l'humagne rouge, mesurés à la vendange comme l'explique la page sur le degré Oechsle et le sucre du moût. Pour l'humagne rouge grand cru, la mise sur le marché n'est autorisée qu'à partir du 1er avril de la deuxième année suivant la vendange.

Les deux cépages figurent parmi les variétés présentées dans le panorama des cépages autochtones et traditionnels de Suisse, qui situe leur surface par rapport aux autres raretés alpines. D'autres fiches de la rubrique cépages détaillent les variétés voisines.

Humagne : parenté, nom et culture hors du Valais

Pourquoi l'humagne rouge s'appelle-t-elle cornalin dans la vallée d'Aoste ?
Parce que le même cépage porte deux noms selon le versant des Alpes : cornalin au val d'Aoste, humagne rouge en Valais. L'analyse génétique de 2003 a montré qu'il s'agit d'une seule variété. Elle ne doit pas être confondue avec le cornalin du Valais, qui est son parent.
L'humagne blanche est-elle la mère du lafnetscha ?
Oui, selon l'étude publiée dans Vitis en 2004 : le lafnetscha est le fruit d'un croisement entre l'humagne blanche et le completer. La recherche a aussi établi que le lafnetscha n'est pas un synonyme du completer, contrairement à ce qu'affirmait une partie de la littérature ampélographique.
Cultive-t-on de l'humagne hors du Valais ?
Très peu. La statistique fédérale recense l'humagne blanche uniquement en Valais. L'humagne rouge existe aussi dans quelques autres cantons, mais sur moins d'un demi-hectare au total, contre plus de 140 hectares en Valais.

Sources : J. Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith, Theoretical and Applied Genetics 107 (3), 2003 (pedigree du cornalin du Valais) ; J. F. Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith, « Identity and parentage of two alpine grape cultivars from Switzerland », Vitis 43 (2), 2004 ; Ordonnance sur la vigne et le vin du canton du Valais (OVV, RS VS 916.142), articles 31, 32, 88, 90, 94 et 95, état au 1er avril 2026, consultée le 16 octobre 2026 ; OFAG, L'année viticole 2025, statistiques vitivinicoles (état novembre 2025).

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