Le cornalin du Valais, que l'ordonnance cantonale nomme aussi rouge du pays, est un cépage noir issu d'un croisement naturel entre deux variétés valdôtaines, le petit rouge et le mayolet. Il occupe environ 166 hectares en Suisse, presque tous sur les coteaux valaisans.
Un cépage valdôtain arrivé par le Grand-Saint-Bernard
L'origine du cornalin du Valais a été établie par l'analyse génétique. En 2003, José Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith ont comparé 50 marqueurs microsatellites de plusieurs cépages alpins anciens, du Valais et de la vallée d'Aoste. Pour 49 marqueurs sur 50, les allèles du cornalin du Valais sont compatibles avec un croisement entre le petit rouge et le mayolet ; le seul écart s'explique, selon les auteurs, par une mutation dans l'un des parents.
Les chercheurs en tirent une hypothèse historique : le cornalin serait né d'un croisement spontané dans la vallée d'Aoste, puis aurait gagné le Valais il y a plusieurs siècles, probablement par le col du Grand-Saint-Bernard. La même étude fait du cornalin du Valais l'un des parents probables de deux autres cépages, le goron et le cornalin d'Aoste, leurs seconds parents restant inconnus.
Longtemps, les vignerons valaisans l'ont appelé rouge du pays, ou Landroter dans le Haut-Valais. Le nom de cornalin ne lui a été attribué que dans les années 1970, sur proposition de Jean Nicollier, alors responsable de la station cantonale d'essais viticoles, comme le rappelle une publication d'Agroscope.
Deux cornalins sous un même nom : la confusion avec l'humagne rouge
Ce changement de nom a créé une ambiguïté durable, car un cépage appelé cornalin existait déjà dans la vallée d'Aoste. Les analyses génétiques ont montré que les deux variétés sont distinctes, et que le cornalin valdôtain est identique à l'humagne rouge cultivée en Valais. Pour clarifier, l'étude de 2003 propose de dire cornalin du Valais et cornalin d'Aoste.
- Cornalin du Valais : le rouge du pays, enfant du petit rouge et du mayolet ; c'est lui qui figure sur les étiquettes « Cornalin » AOC Valais.
- Cornalin d'Aoste : le même cépage que l'humagne rouge, descendant du cornalin du Valais et d'un parent non identifié.
- Petit rouge et mayolet : les deux parents, toujours cultivés dans la vallée d'Aoste, où ils entrent dans des vins rouges locaux.
Le cornalin du Valais et l'humagne rouge sont donc parent et descendant, et non deux noms d'une même vigne. La fiche consacrée à l'humagne rouge et à l'humagne blanche reprend cette parenté du point de vue de l'humagne.
Le cornalin en trois questions d'étiquette
- Que signifie « rouge du pays » sur une bouteille valaisanne ?
- L'ordonnance valaisanne sur la vigne et le vin définit le Cornalin, « respectivement le Rouge du Pays », comme un vin AOC du Valais issu du cépage cornalin du Valais. Les deux noms désignent donc le même vin et le même cépage. Le second rappelle l'appellation populaire en usage avant les années 1970.
- Un cornalin grand cru peut-il être vendu dès l'année qui suit la vendange ?
- Non. Dans le chapitre consacré au grand cru, l'ordonnance interdit la mise sur le marché des vins de cornalin du Valais, d'humagne rouge et de syrah avant le 1er avril de la deuxième année suivant le millésime. Un cornalin grand cru d'une vendange donnée attend ainsi au moins dix-huit mois avant sa commercialisation.
- Un cornalin d'Aoste est-il un cornalin du Valais ?
- Non : le cornalin d'Aoste est l'humagne rouge, un descendant du cornalin du Valais. Une étiquette italienne portant le mot cornalin désigne donc un autre cépage que l'étiquette valaisanne du même nom.
Une vigne capricieuse : ce que le cornalin exige au vignoble
Le cornalin du Valais est réputé difficile à conduire. Les essais d'Agroscope en Valais central le décrivent comme un cépage très vigoureux et tardif, que l'ordonnance cantonale classe en troisième époque de maturité, soit quinze à trente jours après le chasselas. Il ne donne de bons résultats que dans les situations très chaudes et sur des sols qui retiennent peu l'eau.
Sa sensibilité sanitaire est marquée : oïdium, pourriture de la grappe favorisée par des grappes compactes, carence en magnésium et dessèchement de la rafle figurent parmi les difficultés relevées par la recherche. Les publications d'Agroscope signalent aussi une fertilité des bourgeons très variable et une tendance à l'alternance, qui rendent les rendements irréguliers d'une année à l'autre. Le choix du porte-greffe, étudié par la station fédérale, influe sur la vigueur et sur la régularité de la production.
Pour fiabiliser la production, Agroscope a conduit un travail de sélection clonale sur ce cépage, à partir de vieilles vignes valaisannes. Sur les coteaux secs et pentus du vignoble valaisan, de Salquenen au Chablais, il trouve la chaleur dont il a besoin.
Grand cru et surfaces : la place du cornalin en Valais
L'ordonnance valaisanne admet le cornalin du Valais dans la catégorie grand cru, dont les règles sont comparées canton par canton sur la page grand cru et premier cru en Suisse. Les exigences portent sur trois points principaux :
- une teneur naturelle minimale en sucre de 21,2 % Brix, soit 88,3 °Oe ;
- une limite de production de 0,8 kg de raisin par mètre carré ;
- une vigne âgée d'au moins huit ans, année de plantation incluse, conduite en gobelet, cordon, guyot ou palissage vertical.
Selon la statistique viticole de l'OFAG, le cornalin couvre 166,5 hectares en Suisse, dont 166,2 en Valais, soit environ 3,6 % des 4 578 hectares du vignoble valaisan. Hors du canton, il ne subsiste que sur quelques ares.
Couleur, structure et garde d'un vin de cornalin
Un vin de cornalin présente généralement une robe sombre, d'un rouge violacé intense dans la jeunesse. Le nez évoque la cerise noire, la griotte et des notes épicées, parfois plus sauvages lorsque la maturité est poussée. En bouche, l'acidité est vive et les tanins fermes, ce qui peut donner une impression austère durant les premières années.
Cette structure en fait un vin de garde : stocké en cave fraîche et à l'abri de la lumière, un cornalin bien mûr évolue plusieurs années, ses tanins s'arrondissant et ses arômes glissant vers le fruit cuit et le sous-bois. Il se sert habituellement entre 16 et 18 °C, éventuellement après aération en carafe. Il fait partie des cépages présentés dans le panorama des cépages autochtones suisses.
Sources : J. Vouillamoz, D. Maigre et C. P. Meredith, « Microsatellite analysis of ancient alpine grape cultivars: pedigree reconstruction of Vitis vinifera L. Cornalin du Valais », Theoretical and Applied Genetics 107 (3), 2003 ; Agroscope, étude du comportement du cornalin selon le porte-greffe en Valais central, Revue suisse de viticulture, arboriculture, horticulture 44 (5), 2012 ; Ordonnance sur la vigne et le vin du canton du Valais (OVV, RS VS 916.142), articles 32, 56, 88 à 95, état au 1er avril 2026, consultée le 16 octobre 2026 ; OFAG, L'année viticole 2025, statistiques vitivinicoles (état novembre 2025).
















