Pour la Confédération, la viticulture en forte pente commence à 30 % de déclivité : au-delà, et plus encore sur les terrasses soutenues par des murs, les paiements directs reconnaissent un surcroît de travail. Sur ces coteaux, presque tout se fait à la main, le reste par monorail, hélicoptère ou drone.
À partir de quelle déclivité une vigne est-elle en forte pente ?
L'ordonnance sur les paiements directs distingue trois catégories de vignobles en pente (art. 45) : de 30 à 50 % de déclivité, plus de 50 %, et les vignobles en terrasses dont la pente naturelle dépasse 30 %. La contribution par hectare croît d'une catégorie à l'autre et atteint son niveau le plus élevé pour les terrasses ; une même surface ne peut cumuler la contribution des terrasses et celle de la pente. Elle n'est versée qu'à partir de 10 ares de vigne en pente par exploitation, et ce sont les cantons qui délimitent les surfaces en terrasses de leurs régions viticoles.
L'ordonnance sur le vin tient compte de la pente à deux autres endroits. Une surface est dite cultivée uniformément lorsque chaque cep n'occupe pas plus de 3 m², mais le canton peut admettre davantage dans les fortes pentes (art. 1). Et la déclivité figure parmi les critères examinés avant d'autoriser une nouvelle plantation, avec l'altitude, l'exposition, le climat local et la nature du sol (art. 2).
Terrasses et murs de pierres sèches, un patrimoine bâti
Les terrasses transforment un versant trop raide en une succession de replats cultivables. Le droit fédéral en donne une définition précise à l'annexe 3 de l'ordonnance sur les paiements directs :
- plusieurs paliers bordés de murs de soutènement en amont et en aval ;
- une distance moyenne de 30 mètres au plus entre le mur aval et le mur amont d'un même palier ;
- des murs aval d'au moins un mètre de haut, en maçonnerie courante, pierres naturelles comprises, le béton lisse étant exclu ;
- un périmètre total d'au moins un hectare, reporté sur un plan ou une carte.
Des murs à entretenir pierre par pierre
En Valais, les terrasses du vignoble et leur structure en pierres sèches font partie des biens culturels cantonaux. Le Service de l'agriculture constate que ces murs sont pour la plupart bien entretenus, mais que plusieurs tronçons sont dégradés, voire effondrés, et le canton consacre un effort financier important à leur maintien. Le gel, l'eau d'infiltration et les racines finissent par faire ventrer un mur sec ; sa reconstruction se fait à la main, en triant et en calant chaque pierre sans mortier.
Une reconnaissance internationale
L'art de la construction en pierre sèche a été inscrit en 2018 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, dans une candidature commune à plusieurs pays dont la Suisse. Lavaux, de son côté, figure depuis 2007 sur la liste du patrimoine mondial, et la visite de ses murs est décrite dans le guide des terrasses de Lavaux.
Le travail à la main, du sécateur à la brante
Sur un coteau raide, le tracteur n'a pas sa place. La taille, l'ébourgeonnage, l'attachage, les effeuilles et la vendange se font à pied, entre des rangs étroits ou autour de ceps conduits en gobelet, encore répandus sur les coteaux du vignoble valaisan. Les raisins descendent en caissettes ou, selon la tradition, dans la brante portée à dos jusqu'au chemin le plus proche.
Ce travail se répète tout au long de la saison, palier après palier, avec des escaliers de pierre pour passer de l'un à l'autre. Les vignes de Visperterminen, dans le Haut-Valais, comptent parmi les plus hautes d'Europe et donnent la mesure de cette viticulture d'altitude, associée au heida, le savagnin blanc du Haut-Valais. Le temps passé par hectare y est sans commune mesure avec celui d'une vigne mécanisable de plaine.
Monorails et petits engins : mécaniser ce qui peut l'être
Le monorail est devenu un équipement familier des coteaux escarpés. Un rail unique, fixé sur des piquets, suit la ligne de plus grande pente ; un petit chariot motorisé y monte et y descend le matériel, les piquets, le fumier ou les caissettes de vendange. Il évite de porter les charges à dos et sert d'un bout à l'autre de la saison.
D'autres outils complètent l'équipement : chenillettes étroites là où la pente le permet, treuils pour tirer un outil de travail du sol, pulvérisateurs à dos pour les traitements localisés. Aucun ne supprime le travail manuel, mais chacun réduit la part la plus pénible, celle du portage.
Hélicoptère et drone : deux régimes d'autorisation distincts
Pour protéger la vigne du mildiou et de l'oïdium sur les parcelles escarpées, une partie des traitements se fait depuis les airs. Larguer ou épandre une substance depuis un aéronef en vol exige toujours une autorisation de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), selon l'ordonnance du DETEC sur les règles de l'air. Les deux moyens n'obéissent pas pour autant aux mêmes règles.
| Critère | Hélicoptère | Drone pulvérisateur |
|---|---|---|
| Autorisation | Annuelle, délivrée par l'OFAC en accord avec l'OFSP, l'OSAV, l'OFAG, le SECO et l'OFEV | Préalable, délivrée par l'OFAC, en général selon le scénario PDRA-S01 |
| Produits admis | Fongicides homologués pour l'application aérienne ; herbicides et insecticides interdits | Mêmes exigences qu'une pulvérisation au sol, herbicides et insecticides homologués compris |
| Contrôle de l'appareil | Dispositif de pulvérisation contrôlé officiellement tous les trois ans | Modèle homologué par Agroscope, puis chaque appareil contrôlé avant mise en service et tous les trois ans par un organisme agréé par l'OFAG |
| Personnel | Un expert et un responsable au sol suivent chaque traitement et rédigent un rapport annuel | Au moins une personne titulaire du permis pour l'emploi de produits phytosanitaires (OPer-A) et télépilotes formés |
Les conditions de vol des drones, hauteur, vitesse, météo et distances aux personnes, figurent dans le formulaire FOCA-UAS-APP-AGRI. En Valais, dans le canton de Vaud et à Genève, où les hélicoptères d'épandage sont nombreux, des exigences supplémentaires s'ajoutent, dont un outil cartographique partagé et l'usage de la radiotéléphonie. Les essais d'Agroscope ont montré une dérive un peu plus élevée qu'avec les pulvérisateurs pour cultures basses, mais plus faible qu'avec les pulvérisateurs à jet porté. Le canton du Valais relève qu'une majorité des surfaces traitées par hélicoptère le sont uniquement avec des produits admis en agriculture biologique, une question développée dans le guide du vin bio en Suisse.
Le coût humain et paysager d'un coteau
Une vigne en forte pente demande plus d'heures, plus de main-d'œuvre et un entretien constant des murs, des escaliers et des chemins. Lorsqu'une parcelle est abandonnée, la friche gagne en quelques années, les murs ne sont plus surveillés et un éboulement peut menacer les parcelles voisines. Le paysage des coteaux, qui fait l'identité de nombreuses communes viticoles, dépend donc directement de la poursuite de la culture.
Les contributions fédérales pour les vignobles en pente et en terrasses, les aides cantonales à la remise en état des murs et la valeur patrimoniale reconnue à ces sites forment le principal soutien à ce travail. Ce volet du savoir-faire viticole suisse engage autant le paysage que la production de vin.
À retenir
- La Confédération classe les vignes en pente de 30 à 50 %, au-delà de 50 % et en terrasses, avec une contribution croissante.
- Une terrasse au sens fédéral suppose des murs aval d'au moins un mètre, des paliers espacés de 30 mètres au plus et un périmètre d'un hectare au minimum.
- L'hélicoptère n'épand que des fongicides homologués pour l'usage aérien ; le drone suit les règles de la pulvérisation au sol, sous autorisation de l'OFAC.
- Les murs de pierres sèches du Valais sont des biens culturels cantonaux, et leur savoir-faire est reconnu par l'UNESCO.
Sources : Ordonnance sur les paiements directs versés dans l'agriculture (OPD, RS 910.13), art. 45 et annexe 3, consultée le 16 octobre 2026 ; Ordonnance sur la viticulture et l'importation de vin (RS 916.140), état le 1er janvier 2026, art. 1 et 2 ; Office fédéral de l'aviation civile, page Pulvérisation par drone (SPRAY) et formulaire FOCA-UAS-APP-AGRI, consultés le 16 octobre 2026 ; Canton du Valais, Service de l'agriculture, pages Traitement par voie aérienne et Maintien du vignoble en terrasses, consultées le 16 octobre 2026 ; UNESCO, Art de la construction en pierre sèche, savoir-faire et techniques (inscription de 2018) et Lavaux, vignoble en terrasses (inscription de 2007).
















