Un vin bio suisse provient de raisins cultivés selon l'ordonnance fédérale sur l'agriculture biologique, sans herbicides ni engrais azotés minéraux, puis vinifiés selon une liste fermée de pratiques. Le Bourgeon de Bio Suisse et le label Demeter y ajoutent leurs exigences, à la vigne comme en cave.
Le socle légal : l'ordonnance sur l'agriculture biologique
Le terme « biologique » appliqué à un vin est protégé par l'ordonnance sur l'agriculture biologique (RS 910.18), complétée par une ordonnance du Département fédéral de l'économie (DEFR) qui dresse les listes de produits admis. À la vigne, les produits phytosanitaires ne peuvent être utilisés qu'en cas de danger immédiat menaçant les cultures (art. 11). Les engrais minéraux azotés sont interdits (art. 12), de même que les herbicides.
Le cuivre, utilisé contre le mildiou, est plafonné en viticulture à 6 kg de cuivre métal par hectare et par an, et à 20 kg par hectare sur cinq ans. Chaque entreprise est contrôlée au moins une fois par an par un organisme de certification, deux fois si la reconversion se fait par étapes. Les cépages résistants aux maladies fongiques permettent de réduire, voire de supprimer, ces apports, et le cahier des charges de Bio Suisse recommande expressément de les planter ; le dossier sur le divico et les cépages résistants en présente les principaux.
Une exception suisse pour la vigne : le bio par parcelles
Le principe de la globalité veut que toute l'exploitation soit conduite en bio (art. 6). L'ordonnance fédérale fait pourtant une exception pour les cultures pérennes, dont la vigne : une exploitation peut cultiver ses vignes en bio et le reste selon les prestations écologiques requises, ou l'inverse (art. 7). Les surfaces concernées doivent rester les mêmes pendant cinq ans au moins, et une même culture pérenne est conduite soit entièrement en bio, soit entièrement autrement, au sein d'une exploitation.
La reconversion dure deux ans, avec le 1er janvier pour date de départ (art. 8). Lorsque la reconversion immédiate comporte des risques trop élevés, une exploitation viticole peut se reconvertir par étapes, à condition d'être entièrement en bio au bout de cinq ans (art. 9).
En cave : pratiques admises et soufre limité
Pour la vinification, l'ordonnance du DEFR renvoie aux listes européennes de pratiques œnologiques et de substances admises pour le vin biologique (règlements 2018/848 et 2021/1165). Les teneurs maximales en dioxyde de soufre d'un vin bio sont plus basses que le plafond général du droit alimentaire. Après une année aux conditions climatiques exceptionnelles, avec des attaques graves de pourriture ou de bactéries, l'OFAG peut autoriser une région à monter jusqu'à ce plafond général (art. 16n).
Le cahier des charges du Bourgeon précise la liste. Sont admis notamment le chauffage de la vendange jusqu'à 65 °C, le collage, la filtration jusqu'à des pores de 0,2 micromètre et la concentration du moût par évaporation sous vide ou osmose inverse, sans ajout de sucre ensuite ; la nanofiltration et l'ultrafiltration sont interdites. L'enrichissement est limité à 1,5 % vol. Le soufre total ne dépasse pas 100 mg/l pour un rouge et 120 mg/l pour un blanc ou un rosé de moins de 2 g/l de sucre résiduel, avec des seuils plus élevés pour les vins doux. Chaque vinification Bourgeon passe un contrôle de cave obligatoire.
Ordonnance fédérale, Bourgeon et Demeter comparés
Les labels privés s'appuient sur l'ordonnance fédérale et vont plus loin. Le tableau reprend les principaux écarts relevés dans la fiche technique publiée conjointement par le FiBL, Bio Suisse et Demeter.
| Exigence | Ordonnance fédérale | Bourgeon Bio Suisse | Demeter |
|---|---|---|---|
| Globalité de l'exploitation | Exception admise pour la vigne | Toute l'exploitation | Toute l'exploitation |
| Durée de reconversion | Deux ans | Deux années civiles complètes, Bourgeon dès la troisième année | Trois ans |
| Cuivre par hectare | 6 kg par an, 20 kg sur cinq ans | 3 kg en moyenne sur la surface viticole, 4 kg par parcelle, bilan sur cinq ans | 4 kg par an et par parcelle, 3 kg en moyenne, 0,5 kg par application |
| Préparations biodynamiques | Non requises | Non requises | Bouse de corne (500) et silice de corne (501) au moins une fois par an |
| Levures sélectionnées | Admises | Admises | Exclues, sauf arrêt de fermentation |
| Herbicides | Interdits | Interdits | Interdits |
La biodynamie se distingue donc surtout par ses préparations, appliquées au sol et à la vigne, et par une cave plus restrictive : Demeter limite fortement les additifs et mise sur les levures indigènes du vignoble. Le Bourgeon demande en outre un vignoble enherbé toute l'année lorsque c'est possible.
Lire le logo et les mentions sur l'étiquette
- Le code de l'organisme de certification est obligatoire : il commence par le code pays, CH pour la Suisse, suivi d'une référence à la production biologique et d'un numéro.
- Le Bourgeon accompagné de « BIO SUISSE » signale, pour un produit à une seule matière première comme le vin, un raisin entièrement suisse, transformé en Suisse ou au Liechtenstein.
- Le Bourgeon accompagné de « BIO » désigne un produit dont moins de 90 % des matières premières sont suisses.
- Le Bourgeon de reconversion s'accompagne obligatoirement de la phrase « produit dans le cadre de la reconversion à l'agriculture biologique ».
- Le logo Demeter certifie une conduite biodynamique.
Ces mentions s'ajoutent aux indications obligatoires communes à tous les vins, détaillées dans le guide pour lire une étiquette de vin suisse.
Un cinquième du vignoble suisse cultivé en bio
Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique repris par Bio Suisse, environ 2 818 hectares de vigne sont cultivés en bio, labels Bourgeon et Demeter et ordonnance fédérale confondus, soit 20,6 % du vignoble suisse, par quelque 660 exploitations. La surface a presque triplé depuis 2018, et plus des trois quarts se trouvent en Suisse romande. Vaud compte la plus grande surface avec 784 hectares, devant le Valais avec 564 hectares.
Parmi les cantons qui comptent plus de 50 hectares de vigne, Neuchâtel affiche la plus forte part avec 50,6 %, et c'est le premier canton dont la majorité du vignoble est en bio ; suivent Fribourg avec 43,4 % et Berne avec 39,7 %, dont le vignoble se concentre au bord du lac de Bienne. La pression des maladies lors des étés humides, décrite dans le guide sur le climat et le vignoble suisse, reste l'une des principales difficultés de ce mode de culture.
Soufre, goût, biodynamie : les questions sur le vin bio suisse
- Un vin bio contient-il des sulfites ?
- Oui, le dioxyde de soufre est admis en vinification biologique, avec des teneurs maximales plus basses que pour les autres vins. La mention « contient des sulfites » reste obligatoire sur l'étiquette dès 10 mg/l, comme pour tout vin.
- Quelle différence entre un vin bio et un vin en biodynamie ?
- La biodynamie, certifiée en Suisse par Demeter, reprend toutes les règles bio et y ajoute l'emploi annuel des préparations biodynamiques, une reconversion de trois ans et une cave plus restrictive, notamment sur les levures et les additifs.
- Combien de temps faut-il pour qu'un domaine devienne bio ?
- Deux ans de reconversion selon l'ordonnance fédérale et Bio Suisse, trois ans pour Demeter. En viticulture, une reconversion par étapes sur cinq ans au plus peut être admise, sur la base d'un plan approuvé.
- Un vin bio a-t-il un goût particulier ?
- Le label certifie des méthodes de culture et de vinification, pas un profil gustatif. La couleur, les arômes et la structure d'un vin bio dépendent, comme pour tout vin, du cépage, du sol, du millésime et des choix de vinification.
Le vin bio rejoint ainsi les autres volets du savoir-faire des vignerons en Suisse.
Sources : Ordonnance sur l'agriculture biologique (RS 910.18), état le 1er janvier 2025, art. 6 à 12, 16n, 20 et 21c, consultée le 16 octobre 2026 ; Ordonnance du DEFR sur l'agriculture biologique (RS 910.181), état le 1er janvier 2026, art. 3b, 3c et annexe 1, consultée le 16 octobre 2026 ; Bio Suisse, Cahier des charges pour la production, la transformation et le commerce des produits Bourgeon, version du 15 avril 2026, parties II et III ; FiBL, Bio Suisse et Demeter, fiche Anforderungen an den Bioweinbau (n° 1490), édition 2026 ; Bio Suisse, Marktspiegel Bio-Wein, mai 2025, données OFS 2024 ; Ordonnance du DFI concernant l'information sur les denrées alimentaires (RS 817.022.16), état le 1er juillet 2025, annexe 6.
















